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June 2025
Préambule
Nous, les Peuples Autochtones, membres de la Coalition Internationale pour l'Accès à la Terre (ILC) et d'autres organisations autochtones, venus de divers pays d'Amérique latine, d'Asie, d'Afrique et de la région EMENA (Europe, Moyen-Orient et Afrique du Nord), réunis dans le département du Cauca, en Colombie, à l'occasion du premier Forum Mondial des Terres Autochtones, qui s'est tenu sur le territoire ancestral de Kwet Kina. Nous nous sommes rassemblés pour échanger nos expériences sur nos luttes pour l'autodétermination, la gouvernance territoriale et la reconnaissance et la protection de nos terres, territoires, ressources, espaces de vie et sites sacrés. Unis dans notre engagement à défendre nos terres, territoires, ressources, espaces de vie et sites sacrés, nous déclarons ce qui suit :
Historiquement, nous, les Peuples Autochtones, vivions conformément à nos propres systèmes sociaux, politiques et culturels, guidés par la spiritualité, le droit naturel, la loi d'origine, notre propre droit et la loi supérieure. Nous jouissions pleinement de notre autodétermination pour gouverner en harmonie selon les us et coutumes de nos territoires. Ce mode de vie a été violemment interrompu lors des invasions coloniales.
Ces invasions et assimilations forcées ont abouti au mépris de nos droits collectifs inhérents à notre préexistence territoriale, par l'imposition progressive de différentes lois et politiques étatiques contraires au mode de vie des Peuples Autochtones. Celles-ci ont été conçues selon les modèles de gouvernance des États, compris comme une forme de développement où la valeur monétaire est plus importante que le soin de la terre, menaçant notre survie collective par la destruction des cultures, des territoires ancestraux et de la nature, interrompant ainsi les cycles naturels et l'intégrité des différentes formes de vie sur nos territoires, y compris les océans. Bien que notre contribution au changement climatique soit minime, notre relation intime avec l'environnement a fait de nous les plus touchés par ses effets et conséquences néfastes.
Pendant des millénaires, nous avons été victimes de la dépossession systémique de nos terres par des actes violents, notamment des massacres, des meurtres, des disparitions forcées et des tromperies. Cela a entraîné le déplacement forcé de nos communautés, réduisant l'espace dans lequel nous vivons, affectant profondément nos moyens de subsistance, notre sécurité et notre souveraineté alimentaire. En conséquence, nos Peuples ont été décimés au point de devenir des minorités marginalisées au sein des États-nations construits sur nos terres, des lieux où nous étions autrefois des Peuples dynamiques, diversifiés et pleins de vie.
Cependant, malgré ces violations de nos droits collectifs et individuels, qui cherchent à saper notre autodétermination, nous, les Peuples Autochtones du monde, n'avons pas abandonné nos luttes pour la justice. Nous sommes donc engagés dans divers actes de résistance pour la défense de nos territoires, promouvant le « Buen Vivir » (Bien Vivre) de nos communautés par le respect du droit à l'autodétermination, le renforcement des langues autochtones et de nos systèmes d'autogouvernance.
En conséquence, les gouvernements ont commencé à reconnaître nos modes de vie. Pourtant, cette situation de lutte et de résistance a placé nos dirigeants en première ligne, les attaques contre eux s'étant intensifiées avec l'approbation des plus hautes sphères du pouvoir politique. Cette situation nous appelle, en tant que Peuples Autochtones du monde, à nous unir dans la solidarité pour renforcer nos processus politiques et organisationnels. Le premier Forum Mondial des Terres Autochtones est donc un espace initial pour tisser des liens de parenté et générer une position claire pour exiger la reconnaissance, le respect et la protection de nos droits devant les gouvernements, le secteur privé et les organisations internationales.
À ce titre, nous exigeons la reconnaissance pleine et effective de notre droit à l'autodétermination, non pas comme un principe symbolique mais comme une réalité tangible sur nos territoires. Nous exigeons également le respect de notre vision du monde, de notre patrimoine bioculturel et de nos systèmes de gouvernance territoriale selon nos us et coutumes. De la même manière, nos propres économies, fondées sur la solidarité, la réciprocité, le soin collectif et l'harmonie – se manifestant par des pratiques durables telles que l'agriculture à petite échelle, la pêche, le pastoralisme, la chasse et la cueillette, et l'artisanat traditionnel – doivent être renforcées. Par conséquent, tant que nos revendications ne seront pas satisfaites, nous poursuivrons notre lutte pour protéger, régénérer et gouverner nos terres et territoires, y compris les zones côtières et marines, guidés par notre sagesse ancestrale, notre responsabilité collective et notre engagement indéfectible pour la survie, la dignité et l'avenir de nos Peuples. Nous réitérons donc l'appel, en tant que Peuples Autochtones, aux gouvernements nationaux et locaux, aux agences des Nations Unies, à la société civile, aux institutions financières internationales et au secteur privé pour qu'ils assument leurs responsabilités – non pas par des alliances symboliques, mais par la justice, la vérité, la reconnaissance et la réparation.
Pour ce faire, nous devons rappeler le cadre réglementaire internationalement reconnu qui affirme nos droits, notamment la Déclaration universelle des droits de l'homme, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA), la Convention 169 de l'Organisation internationale du Travail (OIT), ainsi que les décisions des mécanismes internationaux et régionaux des droits de l'homme et des tribunaux. En outre, nous reconnaissons et appelons à la pleine mise en œuvre de toutes les dispositions pertinentes des conventions internationales, y compris les recommandations des organes de traités, ainsi que les traités et autres accords constructifs entre les États et les Peuples Autochtones.
Nous demandons instamment que des mesures soient prises concernant ce qui suit :
Articles
Article 1 : Droits individuels, collectifs et cadre juridique
Nous affirmons que nous sommes des Peuples Autochtones dotés de droits collectifs inhérents au cadre juridique international qui nous soutient, dans lequel diverses décisions de tribunaux internationaux, régionaux et nationaux ont été rendues en faveur de nos Peuples.
Nous dénonçons que, malgré ces décisions favorables, nous assistons au vol, à la destruction et à la dégradation continus de nos terres et territoires par les colonisateurs, les États et les entreprises, par toutes les formes d'extractivisme (légal et illégal) de nos ressources, de nos savoirs, de notre culture et de notre spiritualité ; par l'agro-industrie, les projets d'infrastructure, l'industrie du tourisme, les conflits et la militarisation. Ces actes constituent un écocide, un ethnocide et un génocide.
Nous exigeons que les États et les institutions multilatérales respectent leurs obligations juridiques internationales et mettent en œuvre les décisions des tribunaux nationaux et régionaux qui affirment nos droits coutumiers à la terre et notre droit au consentement libre, préalable et éclairé. La protection, la démarcation, la titularisation et la reconnaissance juridique de nos terres et territoires, y compris les zones côtières et marines, sont urgentes et ne peuvent être reportées.
Article 2 : Peuples Autochtones touchés par les conflits
Nous soulignons l'urgente nécessité de reconnaître et de protéger les Peuples Autochtones vivant dans des zones de conflit armé, de militarisation ou de différends transfrontaliers, où nous sommes confrontés à des actes de génocide, d'écocide, de déplacement, de dépossession, de destruction de l'environnement et à diverses formes de violence systématique. Pour défendre notre droit à l'autodétermination, nous affirmons que nous, les Peuples Autochtones, ne sommes pas de simples victimes passives des conflits, mais des agents fondamentaux de la paix, de la résilience et de la continuité culturelle. Notre participation est essentielle pour parvenir à une paix durable et à des solutions justes.
Nous exigeons l'inclusion formelle des Peuples Autochtones dans tous les processus de consolidation de la paix, de résolution des conflits et de justice transitionnelle, en garantissant la participation pleine et entière des femmes, des jeunes, des aînés et des personnes handicapées.
En tant que détenteurs de droits distincts en vertu du droit international, nous exigeons que des mesures de protection individuelle et collective soient garanties aux Peuples Autochtones, ainsi que des garanties pour leur intégrité culturelle et leurs droits territoriaux, pendant et après les conflits.
Article 3 : Justice et protection pour les défenseurs autochtones de la terre, du territoire et des ressources naturelles
Nous affirmons qu'en tant que Peuples Autochtones, main dans la main avec nos communautés, nous continuerons à défendre nos terres, nos territoires et nos ressources naturelles, ainsi que les savoirs et la sagesse de nos communautés.
Nous exigeons la fin de la criminalisation, de la persécution et du meurtre des défenseurs autochtones des terres, des territoires et des ressources naturelles. Les États et les instances internationales doivent fournir des mécanismes de protection simples, immédiats, accessibles et efficaces, afin que la protection de nos droits ne nous coûte pas la vie ou la sécurité de nos familles.
Article 4 : Gouvernance et autonomie des terres et territoires des Peuples Autochtones
Nous affirmons qu'en tant que Peuples Autochtones, nous possédons un droit inaliénable à l'autodétermination, par lequel nous exerçons nos propres modèles de gouvernance sur nos territoires et d'autres modes de vie, conformément à notre droit ancestral, au droit naturel et à nos propres systèmes juridiques. Nous affirmons que le consentement libre, préalable et éclairé est un droit, et non une procédure. Il doit être respecté avant, pendant et après toute action susceptible d'affecter les droits des Peuples Autochtones.
Nous exigeons la reconnaissance, le respect et la protection de nos droits, ainsi qu'une participation pleine, effective, significative et équitable à tous les niveaux de prise de décision – local, national, régional et international. Cela vise à garantir que nos voix façonnent les politiques, les programmes et les actions qui ont un impact sur nos vies, nos terres et nos territoires, en respectant notre autorité territoriale et notre gouvernance sur lesdites terres, territoires et autres formes de vie.
Article 5 : Femmes, Jeunes et Aînés
En tant que Peuples Autochtones, nos familles et nos cultures sont intergénérationnelles et interdépendantes. La famille est la base fondamentale de nos organisations, où les mères ont traditionnellement été les gardiennes de la vie, de notre foyer, de nos semences et des générations futures, les jeunes ont mené les processus de soin et de protection de nos terres et nos aînés sont les gardiens et les transmetteurs de la sagesse et des connaissances aux générations futures.
Nous exigeons que les États reconnaissent les droits des femmes autochtones, en particulier à la terre, qu'ils fournissent des programmes de formation complets, qu'ils protègent la voix de la jeunesse autochtone et promeuvent son leadership, et qu'ils fassent preuve d'un profond respect et d'une grande reconnaissance envers nos aînés en tant que porteurs de la sagesse ancestrale. Dans le même esprit, nous exigeons que des garanties soient accordées pour la participation pleine et effective des femmes, des jeunes et des aînés aux actions de protection des terres et des territoires et pour la protection du rôle des femmes en tant que transmettrices de connaissances, de nos langues et gardiennes de notre identité.
Article 6 : Cosmovision, territoire et espaces sacrés
Nous affirmons que pour les Peuples Autochtones, nos terres et territoires sont sacrés. Nous reconnaissons également que nous sommes les principaux gardiens de la biodiversité mondiale. Malgré diverses réglementations contraires au soin de la nature et de nos territoires, nous conservons toujours nos propres semences, notre sagesse et nos connaissances concernant l'utilisation, le soin et la protection de nos terres et d'autres formes de vie.
Nous rejetons toute solution climatique qui porte atteinte à notre droit à l'autodétermination, à nos droits sur nos terres, territoires, ressources, espaces de vie et sites sacrés ; et au consentement libre, préalable et éclairé.
Nous exigeons des gouvernements que nos territoires soient exempts d'exploitation minière (légale ou illégale) qui engendre la violence et la destruction de nos ressources, y compris les plans d'eau. Nous exigeons également le respect de nos territoires face aux fausses solutions telles que les marchés du carbone, la compensation de la biodiversité et les transitions énergétiques extractivistes. Nous exigeons un accès rapide et non discriminatoire aux processus de soin et de protection des espaces de vie, ainsi que le respect de notre cosmovision, de notre spiritualité et de notre approche holistique, en honorant nos systèmes de connaissances.
Article 7 : Sur la protection des Peuples Autochtones en isolement volontaire et en premier contact
Les Peuples Autochtones en isolement volontaire et en premier contact sont parmi les plus vulnérables au monde et leurs droits territoriaux sont constamment violés par les États, les entreprises et d'autres entités. Nous réaffirmons que la protection des Peuples Autochtones en isolement volontaire et en premier contact n'est pas seulement une obligation légale mais une profonde responsabilité morale.
Nous exhortons les gouvernements, les instances internationales et les entreprises à reconnaître et à protéger les droits des Peuples Autochtones en isolement volontaire et en premier contact.
Nous exigeons que leur droit à l'autodétermination soit garanti par la protection juridique complète de leurs territoires, l'établissement de politiques strictes de non-contact et d'autres politiques répondant à leurs situations uniques, et des sanctions efficaces pour toute violation.
Article 8 : Le droit à la mobilité des Peuples Autochtones pasteurs et chasseurs-cueilleurs
Nous affirmons les droits des Peuples Autochtones pasteurs et chasseurs-cueilleurs à la mobilité, à l'accès transfrontalier et à la gestion collective des pâturages et des terres de chasse, des voies navigables et des territoires traditionnels.
Nous exigeons la fin des expulsions forcées, des politiques de sédentarisation et des restrictions à la mobilité, qui sont des violations de nos identités, de nos systèmes économiques, de nos cultures et de notre autodétermination.
Article 9 : Souveraineté des données et systèmes de connaissances
Nous affirmons que nous, les Peuples Autochtones du monde, conformément à nos coutumes et traditions, avons nos propres façons de coexister et de comprendre les espaces dans lesquels nous vivons, ce qui a conduit à la génération de différents processus de connaissance enracinés dans nos cultures.
Nous exigeons que nos droits de propriété intellectuelle soient reconnus, respectés et protégés, que nos savoirs autochtones ne soient pas commercialisés sans discernement et sans notre consentement. Que nos données nous soient restituées, et qu'aucune donnée ne soit générée à notre sujet, sans nous. De plus, nous, les Peuples Autochtones, exigeons le droit de gouverner et de stocker nos données.
Notre cartographie et la démarcation de nos territoires incarnent les connaissances spatiales, la toponymie et nos relations historiques avec notre terre et nos ressources. Nous demandons instamment que les processus de cartographie reconnaissent nos droits bioculturels et documentent nos processus de défense territoriale. Les préjudices que nous avons subis doivent être commémorés d'une manière qui respecte nos façons de sentir et d'être. Les États doivent reconnaître notre sagesse autochtone sur les mécanismes de résolution des conflits liés aux terres et aux ressources.
Article 10 : Accès direct au financement
En tant que Peuples Autochtones, nous continuons d'être affectés par différents modèles économiques, dans lesquels il n'y a pas de justice pour un développement économique qui est injuste et inéquitable.
Nous exigeons que les fonds destinés aux Peuples Autochtones soient fournis sans intermédiaires, par des mécanismes décolonisés et simplifiés basés sur la confiance et le respect de notre autonomie. Nous rejetons les lois, politiques, sanctions et restrictions discriminatoires et les mesures coercitives unilatérales imposées par des États à d'autres États qui limitent notre accès aux fonds et aux ressources. Le financement doit soutenir nos priorités auto-définies, telles que la sécurité foncière, la souveraineté alimentaire, la protection de la biodiversité et les économies régénératrices.
Déclaration de clôture :
Nous nous engageons en faveur de l'autodétermination, de la gouvernance et du soin de nos terres et territoires. Nos communautés ont sauvegardé ces terres pendant des générations ; il est de notre devoir de protéger, de défendre et de renforcer ces droits afin que les générations futures puissent hériter de la même dignité, de la même identité et de la même liberté.
La Coalition Internationale pour l'Accès à la Terre (ILC) s'engage à soutenir activement les Peuples Autochtones dans le suivi et la réalisation de la déclaration du premier Forum Mondial des Terres Autochtones.
Nous appelons les gouvernements, les organisations internationales, la société civile et le secteur privé à reconnaître, respecter et protéger pleinement et sans condition les droits des Peuples Autochtones. Par conséquent, notre participation pleine, effective, significative et équitable doit être garantie dans les processus de prise de décision qui affectent nos vies et nos territoires. Les restrictions aux déplacements transfrontaliers ne doivent pas être utilisées pour faire taire nos voix et empêcher notre participation.
Nous réaffirmons qu'un avenir juste et inclusif n'est possible que lorsque nous sommes non seulement entendus, mais aussi habilités à prendre les décisions qui affectent nos Peuples.
Nous, les Peuples Autochtones, participants au premier Forum Mondial des Terres Autochtones, souhaitons exprimer notre solidarité avec les peuples de Palestine qui sont soumis au génocide par l'État d'Israël, et nous dénonçons le manque d'action des dirigeants mondiaux qui permettent à ce crime contre l'humanité de se poursuivre en toute impunité.
Inspirés par l'unité, le courage et les actions collectives des Peuples Autochtones du Cauca et de nos hôtes, le Conseil Régional Indigène du Cauca (CRIC), nous resterons unis pour défendre la sagesse ancestrale et protéger les terres et les territoires de nos Peuples !