trouver sa place parmi les pasteurs (bergers kirghizes)
En grandissant dans le comté de Marsabit, à Loglogo, j'ai appris que la vie suit le rythme de la terre.
Parcourir près de 9 969 kilomètres depuis mon village natal, Loglogo, dans le nord du Kenya, jusqu'à Song-Köl , au Kirghizistan, fut un voyage que je n'oublierai jamais. En grandissant dans le village de Loglogo, situé à plus de 380 mètres au-dessus du niveau de la mer, je n'aurais jamais imaginé me retrouver un jour sur les magnifiques pâturages de Song-Köl ,à une altitude près de dix fois supérieure, à apprendre aux côtés de jeunes pasteurs venus du monde entier. Malgré la différence radicale de paysage et d'altitude, ce qui m'a le plus surpris, c'est à quel point les récits de la vie pastorale me semblaient familiers.
Chez moi, ma famille conduisait le bétail pendant des jours en période de sécheresse, à la recherche d'eau et de pâturages. Pour nous, le pastoralisme est bien plus que l'élevage d'animaux : c'est notre identité, notre culture, notre lien avec la terre. Ces expériences m'ont poussé à devenir conteur et défenseur des droits des communautés pastorales indigènes, car je crois que nos histoires doivent être racontées par celles et ceux qui les vivent.
C'est cette conviction qui m'a amené à l'École d'été interrégionale des jeunes pasteurs au Kirghizistan. Avant d'arriver, je m'attendais à apprendre la gestion des pâturages et le leadership. J'ai trouvé quelque chose d'encore plus précieux : un sentiment d'appartenance.
Debout sur les splendides pâturages de Song-Köl , entouré de montagnes enneigées, j'ai observé des bergers kirghizes préparer leurs chevaux et leur bétail pour une nouvelle journée.
Bien que les alpages luxuriants du Kirghizistan soient à mille lieues des pâturages arides du nord du Kenya, nous nous sommes réunis, en tant que jeunes pasteurs d’Afrique, d’Asie centrale et de la région EMENA, pour aborder bon nombre de problèmes communs : le changement climatique, la protection des pâturages, la préservation de la culture et la garantie des droits fonciers communautaires. Malgré des paysages et des langues différents, nous partagions des espoirs et des défis étonnamment similaires.
L'une de mes expériences préférées a été de m'immerger dans le quotidien des pasteurs kirghizes. Pour la première fois, j'ai vu traire une jument, goûté du lait de jument frais et fermenté (le koumis), et monté à cheval à travers les vastes pâturages de Song-Köl . Venant d'une communauté Ren'dille éleveuse de chameaux, ces expériences étaient à la fois nouvelles et révélatrices. Elles m'ont rappelé que si nos traditions et notre bétail diffèrent, le lien à la terre et les valeurs qui font vivre le pastoralisme sont universels.
Cette prise de conscience s'est encore renforcée le dernier soir à Son-Kul, autour d'un feu de camp après une journée sur le terrain, à partager histoires, rires et thé chaud avec des participants venus des quatre coins du monde.
L'École d'été m'a aussi montré comment les savoirs indigènes et les technologies modernes peuvent se compléter. Voir la gestion traditionnelle des pâturages associée aux drones, au GPS, aux SIG et aux outils Open Foris de la FAO m'a donné espoir pour l'avenir du pastoralisme.
Le programme s'est achevé sur les rives magnifiques du lac Issyk-Kul, où nous avons coécrit une Déclaration de la jeunesse. J'étais fier de contribuer à un texte qui appelle à des droits fonciers sécurisés, une gestion durable des pâturages, une résilience climatique et une participation réelle des femmes et des jeunes. Savoir qu'elle sera présentée à la COP17 en Mongolie me donne espoir que la voix des jeunes pasteurs sera entendue sur la scène mondiale.
En rentrant au Kenya, je ne ramène pas seulement des souvenirs du Kirghizistan et de son accueil chaleureux. Je ramène de nouvelles amitiés, des idées nouvelles et un espoir renouvelé. Ce voyage m'a rappelé que si nos paysages diffèrent, les pasteurs du monde entier partagent le même engagement : protéger nos terres, préserver nos cultures et faire en sorte que les générations futures puissent continuer à prospérer.
Je suis profondément reconnaissant envers la Coalition internationale pour la terre et ses partenaires d'avoir rendu cette expérience possible. Rassembler de jeunes pasteurs venus du monde entier pour apprendre les uns des autres, échanger des idées et amplifier notre voix collective, c'est investir dans l'avenir du pastoralisme. Je quitte le Kirghizistan inspiré, connecté, plus déterminé que jamais à continuer de défendre les droits, la résilience et le leadership des communautés pastorales.