Une journée dans la vie de Seidou Soumay Abdoul Rahamani
Basé au Niger, il fait partie des 29 jeunes éleveurs qui participent à l'École interrégionale des jeunes éleveurs 2026, dont les participants se réuniront en présentiel au Kirghizistan du 12 au 18 juillet.
Je m'appelle SEIDOU SOUMAY Abdoul Rahamani, ne le 1 janvier 1997 dans la vallee fossile de Dallol Bosso, prêt dans un village appelé Winde Bago dans le sud Ouest du Niger.
Je suis doctorant à l'Université Abdou Moumouni de Niamey, chercheur au Laboratoire d'Études et de Recherches sur les Territoires Sahélo-Sahariens (LERTSS), membre de l'Équipe de Recherche sur le Pastoralisme (ERPAS) et assistant au Réseau Billital Maroobé (RBM).
Mais avant tout cela, je suis un enfant né dans une communautés pastorale, qui est devenu agropastorale juste après les sècheresse de 2010 qui a bouleversé les activités héritiers.
Lorsque j'ouvre les yeux le matin à Niamey, capitale du Niger, mes pensées retournent souvent dans la vallée de Boboye, là où j'ai grandi.
À cette période de l'année, les premiers nuages commencent à apparaître. Les familles préparent les champs, tandis que les éleveurs observent le ciel avec espoir, en attendant les pluies qui redonneront vie aux pâturages.
Mon enfance s'est construite entre deux mondes : l'école moderne et les longues journées derrière les troupeaux.
Pendant les vacances scolaires, mon père réunissait mon grand frère et moi. Il nous demandait lequel irait aux champs et lequel accompagnerait les animaux. Je choisissais toujours les troupeaux. Les champs pouvaient attendre ; moi, je voulais suivre les bergers.
J'étais le plus jeune. Autour de moi se trouvaient des hommes beaucoup plus âgés, ici la reconnaissance m’oblige de citer le nom de certains bergers notamment Hassane AYYA, Abdou Ouga, Hamadou Tanda, et Boukari Inna Boukari, que la terre lui légère car il n’est plus de ce monde, qui ne m'enseignaient pas seulement comment conduire les animaux.
Ils m'apprenaient à lire les nuages, reconnaître une herbe nourrissante, retrouver un point d'eau oublié, respecter la parole donnée et comprendre le code moral qui unit les pasteurs depuis des générations. Sans le savoir, je recevais une université à ciel ouvert.
À cette époque, les espaces pastoraux existaient encore. Les couloirs de passage étaient ouverts. Les terres agricoles n'avaient pas encore envahi les parcours. Les animaux circulaient librement, comme l'avaient fait ceux de nos ancêtres.
Aujourd'hui, lorsque je retourne dans ces mêmes lieux, je peine parfois à les reconnaître.
Les pâturages se réduisent. Les terres cultivées avancent. Les sécheresses deviennent plus fréquentes. Les conflits autour des ressources augmentent. Beaucoup de jeunes abandonnent progressivement la transhumance. Avec eux disparaissent aussi une langue, des savoirs, une manière de vivre avec la nature.
Je n'oublierai jamais la sécheresse de 2010. Notre famille a perdu une partie importante de son troupeau. Ce jour-là, j'ai compris que le pastoralisme n'était pas seulement un métier. C'était une identité fragile qui pouvait disparaître.
C'est probablement à ce moment-là que ma vocation est née.
La sécheresse de 2010
Aujourd'hui, mes journées sont différentes. Elles alternent entre les recherches de terrain, les discussions avec les communautés pastorales, la collecte de données, la rédaction de ma thèse et mon travail au sein du Réseau Billital Maroobé. Pourtant, au fond, je fais toujours la même chose que lorsque j'étais enfant : j'essaie de comprendre les besoins des éleveurs et de trouver le meilleur chemin pour leur avenir.
Je ne mène pas mes recherches sur le pastoralisme parce que c'est un sujet académique. Je les mène parce que c'est mon histoire.
Dans quelques jours, je partirai au Kirghizistan pour rejoindre d'autres jeunes pasteurs venus du monde entier dans le cadre de l'Inter-Regional School of Young Pastoralists. J'espère y apprendre de nouvelles approches, découvrir d'autres cultures pastorales et construire des liens durables entre nos communautés.
Mais je souhaite surtout revenir avec une conviction renforcée : le pastoralisme n'appartient pas au passé. Il peut encore avoir un avenir, à condition que ceux qui le vivent soient écoutés.
Je pars avec les connaissances acquises à l'université, mais aussi avec les leçons reçues autrefois sur les pâturages de mon enfance. Car, pour moi, la meilleure recherche naît toujours de la rencontre entre la science et les savoirs des communautés.
Et si un jour mes enfants me demandent pourquoi j'ai consacré ma vie au pastoralisme, je leur répondrai simplement: Parce que je refuse d'être le témoin silencieux de la disparition du monde qui m'a vu naître.